Hugo Ball (1886 – 1927) est l’un des co-fondateurs du dadaïsme, mouvement artistique et littéraire d’avant-garde issu de l’expressionisme. A partir de 1912, à Munich, il travaille comme écrivain et conseiller pour le Théâtre. Il se produit de temps en temps au ‘Simpl’ où est prononcé pour la première fois en 1914 le mot ‘Dada’, dans un poème composé avec Klabund et récité par  Marietta di Monaco. Observateur critique de son temps et pacifiste convaincu, il émigre en Suisse avec sa femme Emmy Hennings en 1915. Là, il travaille comme pianiste dans le cabaret Maxim de Zurich.
A partir de 1916, fondateur et directeur du Cabaret Voltaire, il prend part de façon déterminante à la nouvelle direction artistique du lieu. Car « Dada est le cabaret du monde, aussi bon que le monde, le cabaret, Dada est » (Richard Huelsenbeck).


Ortrud Beginnen (1938 – 1999) ‘Génie de l’improvisation ayant le chaos pour méthode’ (Theater heute 1999), Ortrud Beginnen est l’une des grandes figures solitaires de l’histoire artistique du cabaret allemand.  Actrice, interprète et auteure de chansons, elle concilie son activité théâtrale chez Claus Peyman, et sa carrière de chansonnière à partir de 1973 avec environ vingt programmes.
Son interprétation subtile et ironique des textes classiques, ainsi que son ‘théâtre trivial’- style qu’elle met en place avec des programmes tels que ‘Ich will deine Kameradin sein’ (‘Je veux être ta camarade’) ou ‘Fronttheater’ (‘théâtre du front’) – deviennent caractéristiques de sa pratique théâtrale. Entre 1969 et 1975, elle collabore avec l’ensemble du Reichskabarett de Berlin, au sein duquel elle est célébrée comme la ‘Muse du Ludwigkirchplatz’ et la  ‘Diva in Aspik’ (Friedrich Luft). Les personnages de garces mi-farouches mi-folkloriques, entre illusion et contradiction, entre absurdité et agitation, deviennent sa spécialité. Ses programmes, dans la ‘valise des catastrophes’, se veulent à l´images de la mentalité allemande, son reflet.
 « Une prima donna du film muet avec le doux péché des sentimentaux, blanchis sous le harnois…..une comédienne qui, en s’agitant le plus sérieusement du monde, provoque des éclats de rire. Elle est à la fois quelqu’un qui se prend pour une vamp et une femme intouchable ». (Klaus Geitel, 1992)


Matthias Beltz (1945 – 2002) représente un cabaret artistique ‚post-héroïque’, avec lequel s’ouvrent de nouvelles perspectives dans le cabaret politique de la fin des années 70. En tant que chroniqueur du mouvement Sponti et commentateur ironique des théories du complot, Beltz mime le fou politique, et engage des réflexions philosophico-moralisatrices aux côtés de Theodor W. Adorno et Heinz Schenk dans l’ensemble du « Karl Napps Chaostheater ». À partir de 1978 et jusqu’en 1987 il se produit au « Vorläufigen Frankfurter Fronttheater », ainsi que dans le « Reichspolterabend » en 1990/94 et dans sept autres programmes solo.
Avec son « regard sur le monde lancé de la cuisine » («privaten Küchenblick aufs Ganze) (Beltz), le co-fondateur du théâtre de variété « Tigerpalast » de Francfort, illumine les absurdités de la frénésie quotidienne dans des chaînes associatives embrouillées et commente les événements de l’aventure démocratique avec un doux sarcasme.
« Une mise en pièces impitoyable des erreurs et des embarras de la révolution mondiale et le rapport intermédiaire de la victoire provisoire du capitalisme… Matthias Beltz arrivait à enchanter la réalité dans les têtes de ses spectateurs à travers des jonglages rapides de la langue »   (Johnny Klinke)


Herbert Bonewitz (1933) est le fou malicieux dans la tradition révolutionnaire du carnaval démocratique. Satiriste narguant toute forme d’autorité, il est également virtuose dans l’art de naviguer « entre tous les styles ». Dans ses rôles de carnaval et, depuis 1975, dans dix-sept programmes de cabarets, il incarne le porte-parole des petites gens, proche du peuple mais jamais folklorique, pourfendant les tendances réactionnaires et l’étroitesse d’esprit à coups de jeux de mots ambigus et de comique dialectal. Membre actif des Gonsbach-Lerchen depuis 1953, il interprète le Prinz Bibi, le Komiteediener ou le Hofmatz dans ses spectacles en solo qui le font autant apprécier du public que redouter des fonctionnaires du carnaval télévisé. « Un rebelle et une forte tête, un fou du peuple, qui écoute ce que les gens ont à dire et qui déverse des mots en cascade » (Hanns Dieter Hüsch), cet « anarcomique » (Bonewitz sur lui-même) redonne vie au potentiel littéraire anarchique du carnaval, et par la même occasion, ouvre de nouvelles perspectives au cabaret.
« Un chroniqueur qui enveloppe de poésie et de prose toute l‘absurdité du quotidien, un artiste qui, déséquilibré de toutes parts, plaide pour plus de tolérance et d’humanité - un fou singulier, au sens véritable du terme. » (Günter Schenk)

Ernst Busch
(1900 –1980) est le chansonnier du prolétariat et de son histoire, roi nuancé de la chanson ouvrière démocratique. « Cœur chantant de la classe ouvrière » (Hanns Eisler), Busch se produit sur scène avec des chansons de Tucholsky et Kästner dans les cabarets artistiques berlinois Larifari et Katakombe, ainsi que dans le Kabarett der Komiker. Ses chansons racontent la solidarité et les réunions ouvrières.  Emigré en 1933, il participe à la guerre civile espagnole et, interné en France, il dirige la troupe de théâtre de Gurs tout en jouant dans le cabaret artistique Peter Pan.  En 1943, Busch est extradé vers l’Allemagne et condamné à la réclusion criminelle. Après la libération, le „Gründgens de la RDA“ renoue avec le succès en tant qu’acteur populaire à Berlin avec ses succès d’avant-guerre : « Pas d’artiste d’ambiance, pas de peintre de l’âme, pas de déclamateur fastidieux de la révolution, mais un artiste guerrier du présent. Quand Busch chante des chansons politiques, elles gardent l’humour dans le sérieux et le sérieux dans l’humour. Elles tiennent en éveil. Elles deviennent des rengaines et continuent à être chantées par les autres. » (Herbert Ihering)

Aristide Bruant (1851–1925) est l’une des premières vedettes du cabaret artistique, et est considéré comme l’un des précurseurs de la chanson moderne. Membre du premier cabaret des temps modernes, le Chat noir, à Paris à partir de 1881 et propriétaire du Mirliton à partir de 1885, Bruant propose des chansons sociocritiques dans lesquelles il attaque la bourgeoisie et glorifie ceux qui vivent en marge de la société ; ses chansons seront une grande source d’inspiration pour les chansonniers des années soixante.
En se produisant en bottes à tiges hautes, chapeau à large bord et avec une canne, tel qu’il a été immortalisé par Toulouse-Lautrec dans ses portraits, dessins et affiches, Bruant se révolte – n’hésitant pas à injurier le public – fustigeant l’idée du cabaret comme attraction touristique :
« C’est l’air pluvieux des rues banlieusardes, dans lesquelles des lampadaires faibles sont allumés, croix et échafaud à la  même distance, et toutes ces tragédies des coups de couteau et des histoires de gourgandines finissent à l’hôpital… »
En 1925, Kurt Tucholsky explique en ces termes le succès de Bruant : « Les Français sentent que Bruant était l’expression de son temps, de son époque, de sa ville de Paris d’antan, qu’il a immortalisée dans la littérature mondiale. »


Curt Bry (1902 – 1974) est l’un des plus grands talents du cabaret artistique du début des années trente.  Sa carrière s’interrompt avec le troisième Reich. Le « chansonnier-né » (Werner Finck), doté du triple don d’auteur, compositeur et pianiste, travaille à partir de 1932 comme poète et directeur musical de la Katakombe, pour qui il continue de fournir des textes après son départ pour Amsterdam en 1933. En parallèle il écrit des sketches et des chansons pour le cabaret artistique Ping Pong – qui a entre temps émigré – et qui sont ensuite interprétés par Lale Anderson ou Dora Gerson. A partir de 1935 à Vienne, Bry s’engage pour les cabarets artistiques  ABC, Lieber Augustin et Zum sechsten Himmel. Sa carrière artistique s’achève en 1938 avec son émigration aux États-Unis : il n´y trouvera jamais vraiment sa place en tant qu’artiste. « Un maître de la parodie littéraire aux pointes politiques, dont les numéros ont survécu en Hollande. Ses chansons nostalgiques reflètent l’exil, d’une façon plus poétique mais moins directe que chez Mehring ou Brecht » (Jacques Klöters).

Marlène Dietrich (1901 Berlin - 1992) est dans le monde entier la plus célèbre chanteuse allemande et actrice du 20ème siècle. Après divers engagements dans des théâtres elle atteint en 1928 un succès remarquable dans la petite revue de Mischa Spoliansky « Es liegt in der Luft », le nombre de ses « découvreurs » pour le rôle de « Lola Lola »  dans le premier film parlant allemand « L´Ange Bleu » est légende. Après sa première en 1930 elle commence sa carrière cinématographique à Hollywood avec le personnage qu´elle a créé de la « Vamp avec caractère et avec l´aura de l´incertitude mystérieuse » (Werner Sudendorf). Pendant la deuxième guerre mondiale elle s´engagea dans l´aide aux troupes alliées, et démarra dans le milieu des années cinquante une deuxième carrière comme chanteuse vedette internationale.
« Elle joue la fille, mais elle est une femme animale…Tu la gardes en mémoire, à cause de ses pommettes uniques (avec leur ombre divine au-dessous)…Son postérieur immortel, sa démarche, l´éloquence de ses jambes, ce mépris avec une trace de moue sur ses lèvres. Un être étrange et rare, plein d´une douce indolence - on est bouleversé par sa beauté. » (Alfred Kerr)


Blandine Ebinger (1899 – 1993) est la découverte du monde de la chanson du début des années vingt (1919), la „représentatrice insurpassable des enfants du prolétariat » (Alfred Polgar).
Son mari, Friedrich Hollaender, écrit pour elle la série ‚chansons d’une pauvre fille’, ce qui lui valut  un succès  considérable dans les cabarets artistiques politico-satiriques Schall und Rauch, Cabaret Größenwahn et Wilde Bühne à Berlin. Plus tard, elle brille avec des ritournelles de Klabund ou bien les modernes ballades urbaines de Walter Mehring dans le Kabarett der Komiker. Son sujet de prédilection reste néanmoins la misère sociale dans les arrière-cours berlinoises. Après 1933, elle se charge brièvement de la direction du TingelTangelTheater, avant d’émigrer en 1937. Rentrée à Berlin en 1948, elle se produit lors des soirées chansonnières au cabaret artistique de la république de Weimar, elle joue au théâtre et apparaît occasionnellement dans des films.
« On pourrait la désigner comme une madone rachitique… Cette personne zézayante et maigre avec ces grands yeux austères est la maîtresse du tragi-grotesque » (Erich Kästner).


Peter Ensikat (1941) est le maître incontesté parmi les satiristes d’Allemagne de l’Est. Après ses débuts au ‘Rat der Spötter’ (« conseil des moqueurs“) de Leipzig qui fut vite interdit, l’auteur de théâtre pour enfants internationalement couronné de succès, fournit des textes pour tous les ensembles de l’Allemagne de l’Est. Ses programmes, écrits en coopération avec Wolfgang Schaller, sont une somme de réflexions sur l’idée socialiste, la forme paroxysmale du cabaret artistique dans l’Allemagne de l’Est, bientôt diffusés dans toute l’Allemagne. Auteur principal et directeur artistique de la ‘Distel’ berlinoise de 1991 à 2004, ce rationaliste sensible reste fidèle à ses opinions dans ce nouvel environnement où domine l’économie de marché, et rappelle la nécessité du courage civique, surtout dans la démocratie :
« Il aurait aussi bien pu t’accuser d’énergie nostalgique dans ta tentative à n’en plus finir de faire danser avec désinvolture les conditions existantes et de comprendre l’utopie comme l’espace d’avenir et non… comme chimère. Tu ne peux pas laisser tomber les idées, comme si le prix Lessing qui t’a été décerné, était un sac à dos non amovible » (Wolfgang Schaller).


Heinz Erhardt (1909 – 1979) est le roi incontesté des comédiens du miracle économique allemand. Découvert en tant que pianiste par Willi Schaeffers en 1938 pour le cabaret artistique berlinois Kabarett der Komiker, il se produit par la suite à la Scala et dans d’autres cabarets de variété. Après 1945, il apparaît dans plusieurs films dans lesquels, étourdis et espiègles, ses personnages tendent à l’anarchie. Parallèlement, il fait des spectacles solo, des prestations radiophoniques et joue au théâtre, où il reste toujours le temps pour ‘un autre poème’ (« Noch n’Gedicht »). Animateur jonglant habilement entre le plaisir insensé de la langue et de la rime, usant de niaiseries sans objectif précis, Erhardt est une lueur d’espoir dans l’étroitesse d’esprit de l’époque d’Adenauer, entre gaité et subversion.
« Son humour était doux et profond. Il mesurait les problèmes que sont l’inhibition et la timidité et chercha de les éviter avec une ardeur infatigable et l’indifférence d’un hippopotame, pour finir par s’emmêler toujours plus dans les chaînes de l’absurdité. Un vrai fou, il contre les maux du quotidien avec des contorsions mentales gauche » (Die Zeit, 1983).


Karl Farkas (1893 – 1971)  est le doyen socratique du cabaret artistique autrichien ; après des entrées en scène dans la Hölle viennoise et dans la Femina, Farkas est engagé en 1921 dans le Simpl, ouvert en 1912. Il reste jusqu’à sa mort en 1971, à quelques exceptions près, fidèle à ce cabaret artistique en tant qu’auteur, conférencier, artiste et directeur. En coopération avec Fritz Grünbaum il y érige la „conférence double“ - le dialogue satirique entre ‚intelligence et bêtise’ - en championnat ; il écrit dans des revues, compose pour la scène, écrit des sketches. Emigré en 1938, et à partir de 1941 aux États-Unis, il fait partie des instances dirigeantes du Kabarett der Komiker, transféré à New York. Après son retour en Allemagne, cet homme aux talents multiples connu sous le nom de « rire du siècle » n’est pas seulement sollicité par le Simpl, pour lequel il découvre beaucoup de nouveaux talents (comme par exemple Fritz Muliar), mais aussi par le cinéma, la radio et le théâtre :
« Une institution autrichienne, le dernier d’une époque somptueuse du cabaret. Un funambule de la langue, un garant des jeux de mots élégants et des analyses pertinentes de l’actualité quotidienne. Des notes brillantes sur l’époque, présentées par une tortue sage en blazer » (Süddeutsche Zeitung 1971).


Werner Finck (1902–1978) est le fondateur et l’âme créatrice du cabaret berlinois Katakombe ; celui-ci, par le moyen de la satire jouée, s’oppose à Hitler jusqu’à son interdiction définitive. Après un internement de six semaines dans un camp de concentration en 1935 et une interdiction de jouer renouvelée en 1939, l’ « ennemi préféré » de Goebbels prend la « fuite dans le tissu gris » et rejoint la Wehrmacht.  Après la guerre, il initie le Schmunzelkolleg de Munich, fonde la Mausefalle (le piège à souris) de Stuttgart  en 1948 et se produit dans des programmes solo jusque dans les années 70. Bert Brecht lui dédie son poème « Till l'Espiègle survit à la guerre ».
Bégayant pour souligner la pertinence de ses propos, maître de la phrase inachevée, il devient l’un des grands rénovateurs du cabaret artistique contemporain-satirique, auquel il ajoute une dimension philosophique.
« Dans ses conférences surgissaient les camps de concentration, les perquisitions, la peur générale, le mensonge général ; son ton moqueur pour aborder ces sujets, avait quelque chose d’indiciblement silencieux, nostalgique et peiné ; et une force consolatrice inhabituelle“. (Sebastian Haffner 1933)

Kaspar Fischer (1938 – 2000) Acteur, chansonnier, peintre et écrivain, Kaspar Fischer est un artiste magicien parmi les artistes mineurs. Depuis 1967 et avec ses propres programmes, l’artiste et mime suisse, usant de son art pantomimique-verbal, réunit êtres humains, objets, odeurs et sentiments dans les scénarios de son « cirque du monde ». Un monde grotesque et surréel en émerge, dans lequel la métamorphose devient le leitmotiv, entre langue de chien, saxophone, grand-mère et scie... Des objets quotidiens développent, tout comme la langue, une vie personnelle et inaugurent des chaînes d’associations interminables, qui ont pour but la représentation de l’irreprésentable : 
„Et c’est ainsi que Kaspar Fischer, le temps d’une soirée, fait sortir de sa poche un panopticum, un panacousticum, et un pandémonium d’une manière incomparable. L’imperturbabilité avec laquelle il poursuit les détails les plus banals, la gravité avec laquelle il fait de son jeu un jeu vain, relèvent d’une évidence que l’on voit ou que l’on ne voit pas». (Franz Hohler 1970)


Kurt Gerron (1897–1944). Acteur, chansonnier et metteur en scène, Kurt Gerron est l’artiste touche-à-tout des années 20 par excellence. Il joue dans les cabarets Schall und Rauch, Wilde Bühne, Cabaret Größenwahn, Rakete, KüKa, Kabarett der Komiker, Wespen, dans les Nelson-Revuen et les Hollaender-Revuetten. Habitué des scènes berlinoises, il apparaît également dans plus de 70 films. Dans les cabarets, c’est surtout en tant que chansonnier qu’il emporte l’adhésion, capable d’alterner puissance et douceur de ton et maîtrisant tous les registres, de Brecht à Hollaender.
Émigré aux Pays-Bas en 1933, il joue au sein du Theater der Prominenten (« Théâtre des Célébrités ») de Willy Rosen ainsi que dans les Nelson-Revuen. Déporté au camp de concentration de Theresienstadt en février 1944, il y dirige le Karussell. Dans la réalité macabre de ce cabaret créé pour le divertissement des gardes et des prisonniers, il joue, en vain, pour sa survie ; la même année, il est déporté et assassiné à Auschwitz.
« … Wegener* du petit spectacle, il gifle ses chers concitoyens avec des fourches à fumier… L’homme, si grand, tout imposant qu’il soit, sue à grosses gouttes à chaque fin de strophe. Il sue de zèle. Il bout. Il halète. Il fulmine. Il les emporte avec lui, ceux qui, assis là-bas, contemplent le miroir. Il les capture.» (Film & Brettl 1922)
(*) Burkhard Wegener auteur-compositeur, a mis en musique des poèmes de Goethe.


Valeska Gert (1892 – 1978) est la grande artiste de performance du cabaret allemand ; elle a joué un rôle essentiel dans le développement du théâtre de danse moderne.
Du Schall und Rauch à la Katakombe, elle alterne spectacles en solo, prestations théâtrales et filmiques et représentations de « Brettl » (cabaret) dans les années vingt. En 1932, elle ouvre à Berlin le premier de ses cabarets, le Kohlkopp, qui sera suivi, après son émigration aux États-Unis en 1939, du Beggar Bar à New York, puis à son retour à Berlin en 1950 de la Hexenküche et enfin, à partir de 1956, du Sylter Ziegenstall. L’expressivité grotesque de ses pantomimes dansées et le caractère suggestif des chansons et poèmes que déclame de tout son corps la « demoiselle de la cave aux momies » comptent parmi les prestations les plus inhabituelles que l’on ait jamais pu voir sur une scène de cabaret :

« Magnifique comme au dernier jour de Sodome et d’une verve incomparable... Elle épate le bourgeois par sa perfidie. Gert met en pièces toutes les escroqueries érotiques et sentimentales, elle fait preuve d’une lascivité élémentaire, toute supérieure, anéantissant les Tiller Girls autant que les poses de chansonnières pseudo-parisiennes à la Daumier. » (Max Herrmann-Neiße 1927)

Paul Graetz (1890 – 1937) est connu pour son interprétation géniale des monologues de cabarets et des chansons de Kurt Tucholsky et de Walter Mehring, interprétation qui a fait de lui l’une des grandes stars du cabaret sous Weimar. Figure centrale du premier cabaret politique démocratique Schall und Rauch de 1919 à 1921, il enchaîne de nombreux rôles au cinéma et au théâtre dans les années qui suivent, mais aussi des prestations à la Wilde Bühne de Trude Hesterberg, au Charlott-Kasino ainsi qu’au Kabarett der Komiker. Le comique « le plus berlinois de Berlin » (Kurt Tucholsky) devient alors une véritable institution populaire, le modèle de tous ceux auxquels on attribue l’étiquette de « grande gueule au grand cœur ». Ce qui le caractérise, c’est un style « staccato » qui lui permet de maîtriser                                                                                                                jusqu’aux syncopes linguistiques confuses de Mehring. Émigré en 1933,  cet  apôtre de la chanson moderne décède à Hollywood en 1937,  le « cœur brisé par la perte de sa patrie berlinoise » (Ernst Toller).
« Paul Graetz – et la soirée est récompensée, bénie. Savoureux, effronté, fermement pétri, éclatant de tempérament. Une incroyable voix de prolo, une clownerie dotée d’un véritable esprit, des improvisations jaillissantes, au tempo d’une automobile, flexibles, vibrantes, corrosives. » (Vossische Zeitung 1920).


Fritz Grünbaum (1880 – 1941), philosophe de l’auto-dérision, est le principal représentant du cabaret autrichien d’avant 1933. Maître de la « causerie profonde », il est déjà célèbre à Vienne et à Berlin sous l’empire et se produit notamment à la Hölle et au Chat noir.
Même après 1918, il continue à faire la navette entre les deux républiques, écrivant et jouant pour le Kabarett der Komiker berlinois comme pour le Simpl viennois, où il crée, en 1922, un duo comique avec Karl Farkas. Il est l’auteur de plusieurs livres, de livrets d’opérette et de chansons populaires telles que « Ich hab das Fräulein Helen baden sehn » (« J’ai vu mademoiselle Hélène se baigner »). En 1933, il retourne en Autriche et y gère le Simpl jusqu’à sa déportation au camp de concentration de Dachau en 1938. Au Simpl, il monologue encore à la veille de son arrestation sur la scène plongée dans l’obscurité : « Je ne vois rien du tout, rien, mais vraiment rien du tout – j’ai sûrement dû me perdre dans la culture nationale-socialiste ».
« Un petit homme aux très grandes chutes* qui tapaient toujours dans le mille sans blesser, parce que leur effet caustique était désamorcé par la bonté. Un comique énergique doublé d’un philosophe émouvant, qui pensait avec le cœur. » (Karl Farkas).
(*) Chute : partie qui termine une histoire, un récit, une œuvre littéraire…….


Otto Grünmandl (1924 – 2000) est le philosophe excentrique des banlieues. Avec un calme stoïque, il raconte par un raisonnement tortueux l’absurdité du banal. En 1976, alors qu’il dirige encore la rubrique divertissement de la chaîne régionale tyrolienne de l’ORF, ce comique grincheux au parcours atypique  présente le premier de ses neuf programmes solo, « die Pointenlosigkeit zur Pointe »(*), car « la meilleure façon de se taire, c’est de parler » (Grünmandl dans « Ich heiße nicht Oblomow » (« Je ne m’appelle pas Oblomow »(**)).
Ses paradoxes grotesques et ses parodies frôlant l’absurde annoncent déjà les
« Entretiens des pays alpins », qui lui permettent de se faire un nom à la radio à partir de 1973 et dans lesquels la chute d’un canari alpiniste fait partie du quotidien :
« Sa lenteur de tapir caractéristique est à Grünmandl ce que l’imprononçable « belotterie » est à Jandl. Son spectacle « Der Einmann-Stammtisch » (« la tablée à une personne ») pourrait trouver sa place dans n’importe quelle pièce de Horvath – tortures du Wienerwald … Le sens et la logique y sont impitoyablement malmenés au profit d’une absurdité plus grande encore. S’il s’est trouvé un jour un cabaret de l’absurde à inventer, alors c’est à lui que nous le devons.» (Süddeutsche Zeitung 1980).
(*) « Il fait de l´absence d´un bon mot, un bon mot »
(**)  Roman-fiction de Ivan Gontcharow


Wolfgang Gruner (1926 – 2002) est la personnification du « Berlinois grande gueule au grand cœur » au sein du cabaret de type ouest-allemand. Qu’il soit Otto Schruppke, le balayeur pour le journal télévisé « Berliner Abendschau » dans les années 60, ou en Fritze Flink, le chauffeur de taxi pour le quiz « Der große Preis » (« Le grand prix ») de la chaîne ZDF dans les années 80, ou qu’on le retrouve dans ses innombrables solos au cabaret Die Stachelschweine, Gruner le volubile sait incarner l’homme de la rue avec une grande verve et vigilance à l’égard des personnages et de la vie politiques. Auteur, interprète et metteur en scène, il imprègne le style populaire du cabaret traditionnel de Berlin-Ouest, dont il représente une figure symbolique. Il est, à ce titre, l’un des cabarettistes les plus appréciés de l’après-guerre avec Dieter Hildebrandt.
Si cet acteur emblématique de Berlin apparaît au cinéma et à la télévision comme au théâtre, il est une chose que partagent toutes les figures qu’il fait vivre :
« C’est toujours un personnage simplet, qui balaye la saleté de notre temps, en charge sa brouette et en fait le commentaire. » (Gruner sur Gruner)


Eckart Hachfeld (1910 – 1994) est le plus polyvalent des auteurs ayant marqué le cabaret de la République fédérale de l’après-guerre par leur qualité et leur exigence. Soutenu par Werner Finck, il occupe, en tant que parolier de la Bonbonniere à Hambourg, de la Mausefalle à Stuttgart ou des Stachelschweine de Berlin, une place déterminante dans la réorientation du cabaret après 1945. Il marque le style du Kom(m)ödchen à Düsseldorf, où il travaille en tant qu’auteur permanent, et développe pour Wolfgang Neuss le personnage de « l’homme à la timbale ». Satiriste le plus créatif du miracle économique, Hachfeld écrit pour des émissions à la radio et à la télévision, des scénarios de film pour Heinz Rühmann et, à partir de 1954, des chroniques hebdomadaires, sous le nom d’ « Amadeus », pour Die Welt  et plus tard pour le Stern. Mais c’est avec les tubes, qu’il écrira pour Udo Jürgens, comme « Aber bitte mit Sahne » (Mais avec de la crème fouettée, s’il vous plaît), que cet « empereur des paroliers de cabaret » (Sammy Drechsel) connaîtra ses plus grands succès.
« Celui qui pouvait écrire des textes pour Heinz Erhardt et Wolfgang Neuss doit posséder dans ses méninges une telle gamme dans l’ordre du comique qu’on se retrouve dans un établissement psychiatrique de Bonhoeffer. . Une entreprise mentale rapiécée. Qui s’en empare deviendra le Wilhelm Busch du XXème siècle. » (Wolfgang Neuss).


Joachim Hackethal (1924– 2003) est le poids lourd politique des cabarettistes de la République fédérale, mais pas seulement. Il est aussi cofondateur, auteur, acteur et gérant de l’Amnestierten, ouvert en 1947 à Kiel, et exerce une influence décisive sur ce cabaret politico-littéraire, en tant que « cri d’une génération trompée » (Kay Lorentzi). Le lourd passé fasciste non surmonté de la deuxième démocratie, bien avant d’être traité et remis en cause par la génération de mai 68, représente le moteur et le motif récurrent de ses satires documentaires, qu’il base sur des recherches soigneuses. Ce « polémiste sensible» écrit également pour le Kom(m)ödchen à Düsseldorf, le Renitenztheater à Stuttgart et la Lach- und Schießgesellschaft à Munich. Les années 70 lui apportent un nouveau souffle en tant que chansonnier-cabarettiste chez les Machtwächter de Cologne, dans des sketches dont le détournement humoristique thèmes tels que le mariage, la santé ou la justice est une des principales innovations du cabaret de l’ère Brandt.
« Une agressivité mordante et le courage d’appeler les coupables par leur nom. Le cabaret comme tribunal, impitoyablement percutant, cru, le tout dans un allemand parfaitement maîtrisé : le « gros » en est capable. » (Frankfurter Rundschau 1977)


Dieter Hallervorden (1935) est comme chansonnier burlesque  et anarchique, l´arlequin intrigant de l´humour politique. Après des débuts parmi les « sous-fifres » cet « intellectuel proche du peuple » (Harald Martenstein) appartient en 1960 aux fondateurs de la «  Wühlmäuse » (les campagnols) de Berlin qu´il dirige encore aujourd`hui. Ce cabaret est une des scènes de la République ayant le plus de succès avec plus de 30 programmes pour la compagnie depuis 1986.
Le « Dr. Mabuse du Cabaret » (NRZ : Neue Rhein-Zeitung) change dans les années soixante-dix pour des séries télévisées et des films dans le rôle du clown « Didi » et devient « l´idiot de la Nation » avec un grand succès.
Au début des années quatre-vingt dix cette « Institution du cabaret de la capitale »
(die Welt) tourne le dos à ses clowneries absurdes et se consacre de nouveau à la satire critique avec les séries télévisées « Spottschau » et « Spottlight » en « équilibre entre les taux d´audience et la qualité » (Dieter Hallervorden).
Au début des années 2000 le comédien dans le sang et perfectionniste brille comme acteur talentueux au théâtre et au cinéma :
«  Un Eulenspiegel en costume rouge et une veste noire ou à carreaux, il jongle avec les vérités et les absurdités du bon sens commun que l´on considère si souvent comme supérieur, un jongleur ironique sur la corde raide au-dessus de la vérité et de l´erreur » (Berliner Morgenpost)     


Peter Hammerschlag (1902 – 1942) chansonnier autrichien, grand virtuose de la langue, est l’un des personnages les plus hauts en couleur de la courte période d’épanouissement qu’a connu le cabaret viennois dans les années trente, avant que l’invasion allemande n’y mette brusquement fin en 1938.
Après ses débuts à la Katakombe à Berlin, le « poète éclair » devient en 1931 le co-fondateur, présentateur et auteur permanent de la Literatur am Naschmarkt, où il enthousiasme par ses improvisations virtuoses et ses parodies bouffonnes sous les acclamations du public. Ses rimes bizarres, son inclination au grotesque macabre et son amour pour les jeux de mots insensés caractérisent ses textes, que le « dernier des littérateurs de café » (Friedrich Torberg) rédige également pour ABC et Lieben Augustin. Arrêté après avoir tenté d’émigrer en 1941, Hammerschlag est déporté à Theresienstadt et assassiné à Auschwitz.
« Moitié sympathique, moitié inquiétant, toujours fascinant, un enfant projeté dans le monde, un fou hanté par l’intellect, un citoyen en cavale, un poète lyrique à qui réussissaient les vers tendres, qui aimait les diminutifs, qui faisait apparaître des ambiances comme par magie et inventait des chansons d’un fantastique remarquable. » (Hans Weigel)


Jaroslav HASEK (1883 - 1923) est le premier et le plus populaire auteur satirique tchèque de niveau mondial. Son marchand de chiens pragois au cœur stupide et aux idées anarchistes Joseph Schweijk est la figure modèle universelle de la désobéissance civile, comparable aux fous immortels Simplicius Simplizissimus et Tyll Ulenspiegel. Vrai Bohème habitué à boire et rédacteur de divers magazines, Hasek, habitué des boîtes de nuit de Prague, bistrots et cafés, présente ses récits humoristiques et anecdotes entres autres dans les cabarets « Montmartre » et «  Cervena sedma » après la guerre. Un « Franz Kafka de la comédie » (Max Brod), Hasek ne verra pas le succès de son roman picaresque publié en 1921  et remarqué internationalement en 1926 après sa traduction en allemand :
« Un humour, qui est un joli mélange de bière et de Schnaps. La satire la plus parodique de l’Autriche Impériale que je n’ai jamais vue, éloignée d’un demi-millimètre de l’immortalité… Appelle Schweijk, va chercher  la bouteille de Schnaps de noix et trinquons à la santé de vous deux, Hasek. Au grand poète et au brave soldat Schweijk. » (Kurt Tucholsky, 1926)


Heinrich Heine (1797-1856) est comme (en tant que) poète de la liberté, créateur du feuilleton de la chronique politique et visionnaire de la démocratie, l´ancêtre le plus important du cabaret allemand. Sa sentimentalité et sa radicalité de ses œuvres appartiennent au répertoire des premières scènes du cabaret allemand qui inspirent les poètes de cabaret jusqu´à aujourd´hui. La marque de son style à côté de l´utilisation brillante de la langue de tous les jours est avant tout le mélange de considérations personnelles et critiques de son temps comme son œuvre écrite en vers et parue en 1844 « Deutschland. Ein Wintermärchen » (Allemagne. Un conte d´hiver). Ce poète citoyen du monde, « échappé du romantisme », vit depuis les années 1830 dans le Paris pré- et postrévolutionnaire, écrivain interdit en 1835 dans l´ensemble de la Confédération Germanique. Il est le « premier vrai écrivain allemand moderne » (Stephan Heym), un chroniqueur satirique de l´époque du Biedermeier allemand :
« Heine fut un sceptique passionné, un sceptique provocateur…. Il fut un des premiers grands poètes allemands, qui a osé de faire de l´humour une composante toute naturelle et normale de sa poésie et de sa prose. Son lyrisme est sensible et cependant sarcastique, passionné et en même temps ironique, souvent triste  et pourtant comique. »
(Marcel Reich-Ranicki)  


Ursula Herking (1912 – 1974) est la chansonnière de l’effondrement, la « femme des décombres  » du cabaret de l’immédiat après-guerre et l’incarnation de l’Allemagne vaincue, mais pas perdue.
„Sans compromis, volcanique et d’un optimisme sans limites“ (Dieter Hildebrandt), chansonnière résolument désinvolte et cabarettiste profondément comique, elle personnifie la loyauté individuelle et la tolérance infaillible. Après ses premières expériences sur les planches du cabaret Katakombe de Werner Finck, elle connaît le triomphe en interprétant des chansons d‘Erich Kästner dans le cabaret d’après-guerre Schaubude de Munich, et compte parmi les fondateurs du théâtre Kleine Freiheit, avant de jouer la « mère de la compagnie » (Sammy Drechsel) au sein du premier ensemble de la Lach- und Schießgesellschaft (« Société du rire et du tir ») de Munich, en 1956. Elle interprète par la suite des rôles de films et de théâtre, mais réalisera également des spectacles en solo, à partir du début des années soixante.

« Une plante des grandes villes, à la force tranchante et au charme froid, qui évoque un nihilisme positif entre doute profond et sarcastique joie de vivre. Elle possède une force de compression ultime, le pouvoir de faire ressentir l’effrayant et le viscéral. » (Süddeutsche Zeitung, 1946)

Trude Hesterberg (1892 –1967) est, en tant qu’actrice et directrice de cabaret, la première femme qui s’engage aussi bien sur la scène que dans les coulisses de la chanson. Tenue en haute estime par Kurt Tucholsky, Friedrich Hollaender, Klabund ou encore Erich Kästner, la chansonnière se produit dans le Schall und Rauch, le Kabarett der Komiker, le Karussell et dans plusieurs revues de Charell ; après 1945, elle réapparaît à la Zwiebel de Munich ainsi qu’au Tingeltangel à Berlin. « Madame la Directrice avec un faible pour les couvre-chefs extravagants » (Paul Graetz) fonde et dirige la Wilde Bühne, l’une des premières petites scènes politiques à caractère littéraire, avec Walter Mehring comme auteur permanent entre 1921 et 1923. Après l’échec de sa tentative de continuer à faire du cabaret critique au sein de la Musenschaukel après 1933, elle se concentre sur des rôles de cinéma et de théâtre jusqu’à la fin du Troisième Reich.
« Trude Hesterberg est une peintre… Elle hachure, elle ébauche les grandes lignes, elle estompe les ombres et ajoute çà et là des touches de lumière vive à la main… Une voix dont le registre s’étend de l’âpreté d’un violoncelle à la douceur des pizzicati d’un violon hongrois » (Film & Brettl 1923).


Werner Richard Heymann (1896-1961) est celui qui a aidé à la naissance musicale du cabaret critique de son époque lors de la fondation de la République de Weimar. Comme pianiste, compositeur et directeur musical il a participé largement au succès des trois scènes au style marquant « Schall und Rauch », « Größenwahn » et en particulier la « Wilde Bühne » de Trude Hesterberg, qui fut selon Max Herrmann-Neisse le meilleur cabaret de la république. Avant  tout ses compositions aux rythmes variés, influencées par l´expressionnisme, sur des textes de Walter Mehring reflétaient le déchirement et la modernité de la métropole mondiale qu´était Berlin au début des années 20. A partir de 1926 Directeur Général musical de l´UFA pour laquelle il créa en commun avec Robert Gilbert le genre de l´opérette en film parlant, des films comme « Les trois amis de la station service » et « Le congrès s’amuse » devinrent surtout en raison de ses chansons des succès qui firent recette, comme « Ein Freund, ein guter Freund » (Un ami, un bon ami) - «  Das gibt´s nur einmal, das kommt nicht wieder » (Cela n’existe qu’une fois, cela ne revient plus) :
« Cher Werner tu t´en es allé un peu trop tôt, mais tes chansons merveilleuses resteront classiques pour tous les temps, dans lesquelles il y aura encore quelque chose comme un cabaret littéraire et j´espère encore longtemps, encore très longtemps… » (Trude Hesterberg)


Dieter Hildebrandt (1927-2013) est l’icône populaire du cabaret politique ainsi que son représentant le plus réputé au 20e siècle. Après des débuts au Kabarett der Namenlosen (« Cabaret des Anonymes »), ce moraliste en colère fait partie, entre 1956 et 1972, de la Lach- und Schießgesellschaft de Munich (« Société du rire et du tir »), qu’il a lui-même cofondée. Il crée six programmes en collaboration avec Werner Schneyder, dans lesquels ce duo aux personnalités opposées réforme le duo comique classique. Protagoniste de la série satirique « Notizen aus der Provinz » (Nouvelles de la province), produite entre 1973 et 1979 par la chaîne de télévision allemande ZDF, et du cabaret télévisé « Scheibenwischer » (Essuie-glace) de la chaîne ARD de 1980 à 2003, le « maître des chutes* » (Bruno Jonas) repousse sans cesse les limites de la satire politiquement correcte, agace les puissants par son côté espiègle intellectuel et de « petit galopin » (Ursula Herking) et devient la conscience satirique de l’Allemagne :
« Un moqueur d’une impertinence on ne peut plus timide… Maître de l’improvisation et dandy de la langue qui cafouillera si longtemps autour d’une ambiguïté qu’il n’y aura non plus deux, mais trois interprétations possibles… Cette technique inimitable, cette manière d’omettre les insinuations et d’insinuer les omissions, cette élaboration de la pensée lorsqu’il avale les syllabes– même si le petit écran était rond, il se heurterait encore à son cadre » (Ruprecht Skasa-Weiß)
(*) Chute : Partie qui termine une histoire, un récit, une œuvre littéraire……

Franz Hohler (1943) est le doyen virtuose du cabaret poétique suisse. Depuis 1965, il est le fou engagé et le fin jongleur d’idiomes qui exhibe par un jeu de sous-entendus l’absurdité de la normalité dans des spectacles satiriques toujours plus ébouriffants. « Saltimbanque libre et spécialiste de la sous-culture violoncelliste » (Hohler à propos de lui-même), le conteur de l’apocalypse mise dans ses histoires et dans ses chansons sur la force éclairante du comique et transforme avec une imagination appliquée les théâtres en sous-sol en mondes magiques. Ses films, ses pièces de théâtre, ses pièces radiophoniques et ses livres pour petits et grands dévoilent le rêveur sceptique comme un raisonneur critique de la civilisation, au regard tourné vers les abîmes et la folie du monde moderne, qui montre de manière percutante que « plus rien n’est sûr d’une phrase à l’autre » (Karl Krolow).

« La langue en tant que façonnement de la pensée, en tant que chemin vers la compréhension et le malentendu … Qu’il soit conteur, pirate de l’air, statisticien ou interprète désespéré de Schubert, il parvient à amener le plus récalcitrant des publics dans son univers et dans ses pensées. Il faut vraiment aimer les gens pour être capable de leur faire découvrir d’une manière aussi divertissante les dangers de leur manque de réflexion et d’expression. » (Michael Bauer)

Friedrich Hollaender (1896-1976) est le génie du siècle de la chanson, omniprésent dans les années 20 en tant que pianiste, compositeur et auteur. Des chansonnières telles que Blandine Ebinger, et particulièrement Marlene Dietrich, doivent leur percée aux chansons du « touche-à-tout musical », qui trouve également les mélodies appropriées pour les vers de Kurt Tucholsky, de Walter Mehring et de Klabund. Ses revues de cabaret, un mélange de satires littéraire, politique et érotique, diffusées à partir de 1926, deviennent l’incarnation du cabaret de la République de Weimar et constituent le point central du théâtre Tingel-Tangel-Theater, qu’il ouvre en 1931. En 1933, Hollaender émigre vers les États-Unis et devient l’un des compositeurs de musiques de film les plus créatifs d’Hollywood. De retour en Allemagne, il fait ses adieux à la scène de cabaret en 1961 après avoir réalisé quatre revues pour le théâtre munichois Die Kleine Freiheit.

« Un cabaret sans agressivité et sans pugnacité n’est pas viable. Il est le champ de bataille sur lequel on se bat avec les seules armes acceptables, celles des mots affûtés et d’une musique percutante, pour faire fuir le fer des armes meurtrières. » (Friedrich Hollaender, 1932)

Hanns Dieter Hüsch (1925-2005) est le poète au langage sensible et le philosophe philanthrope parmi les chansonniers de la République Fédérale, comme aucun autre il incarne « Nathan le Silencieux » (Der Spiegel) de la tradition poétique et littéraire après 1945. Maître des associations de mots les plus folles et jongleur virtuose des mots en cascade, le « poète de l´imagination critique » (Peter Schneider) présente depuis 1948 dans plus de 75 programmes, pendant un demi-siècle ses « mélanges Hüsch », mélanges uniques de critique littéraire de son époque, de clowneries existentielles et de sottises parodiques, qui dominèrent également dans le cabaret  « arche nova » qu´il dirigeait. Un fou créatif par désespoir intellectuel et guidé par le « principe espoir » de Bloch dont le style du « poète unique parmi les chansonniers allemands qui ne fait pas sa poésie pour le cabaret, mais le cabaret pour sa poésie » (Theater heute), imprègne deux générations de cabarets :
« Le rire et le cabaret poétique…Seule actualité : l´homme…Nous souhaitons avoir un cabaret extrêmement ironique, un cabaret sans tous les faux esprits, un cabaret sceptique avec une intelligence claire comme du cristal, une mélancolie âpre et au cœur espiègle. » (Hanns Dieter Hüsch) 


Heino Jaeger (1938-1997) est le génie oublié du spectacle de cabaret, un « impitoyable témoin auditif de l’absurde » (Hanns Dieter Hüsch). Il crée l’émerveillement dans ses histoires à double sens et ses parodies carnavalesques (ou bouffonnes) à peine exagérées et donne un ton complètement nouveau au cabaret des années 70. Tout est à la fois comique, absurde et effroyable : il applique également cette devise dans ses chroniques radiophoniques tirées de l’émission Lebensberatungspraxis Dr. Jaeger (« Cabinet du Dr. Jaeger, conseiller de vie ou coach de vie »). Jaeger se retire de la scène au début des années 80. En 1986, ce « poète très étrange ou bizarre » (Eckhard Henscheid) capitule face à la confusion qui règne sur le monde et est interné dans un établissement psychiatrique.
« Un maître du comique quotidien, qu’il met principalement en scène dans des monologues et des dialogues, un maître de la farce et du grotesque, (tout simplement) ou vraiment  incroyable de virtuosité dans l’imitation des voix et des types de voix. Une effervescence d’intuition et d’improvisation, issue des sources intarissables, (car auto-alimentées,) ou s´alimentent elles-mêmes et venant  du royaume du fantastique mis en mots... Clarté et rapidité sur un fond très sombre ; un bourdonnement de l’esprit dans ce qui reste de réel. » (Robert Gernhardt)Liesl Karlstadt (1892 - 1960) est l´actrice comique de génie au côté de Karl Valentin, elle arrête « la sottise tranquille et mortelle sur le chemin de l´irréel » (Weltbühne 1928) dans les sketches et dialogues résultant de leur collaboration créative avec une virtuosité de comédienne et les ramène avec une finesse de clown dans une voie supportable. Née Elisabeth Wellano et après des débuts comme soubrette cette dame-caméléon du cabaret montre pendant trois décennies en association-symbiose sa sublime faculté de transformation contre le génie d´improvisation de Valentin dans la présentation de soi-même et contourne avec une roublardise d´un Schwejk et un réalisme pragmatique les extases absurdes du grognon notoire tendant vers l´irréel :
« Une petite personne aux formes arrondies avec d´immenses talents » (Monika Dimpfl), la « reine incontestée des rôles de pantalon » (Carl Niessen) brille après la mort de Valentin dans une deuxième carrière comme actrice de caractère dans les pièces de Ludwig Thomas et enthousiasme à la radio dans le rôle de Mère Brandl, où elle crée un monument intemporel à la philosophie particulière de la vie munichoise : « Si vous n´avez jamais vu cette Karlstadt ou si vous l´avez manquée : ayez honte ! «  (Roda Roda )

Erich Kästner (1899-1974) est le « chanteur des petites gens et le poète des petites libertés » (Marcel Reich-Ranicki) qui assure la poursuite du cabaret littéraire des années 20 après 1945 par ses vers gais, réfléchis et à l’apparence simple. Poète de la Nouvelle Objectivité, Kästner fait ses débuts avant 1933 sur les planches de différents cabarets berlinois, à savoir le Küka, le TingelTangelTheater, le Kadeko (« cabaret des comiques ») et le Katakombe de Werner Finck, après quoi il ne pourra plus publier durant le Troisième Reich qu’à l’aide d’une autorisation spéciale ou en utilisant un pseudonyme. Au lendemain de la guerre, l’éclaireur pessimiste renoue avec son passé berlinois à Munich et marque le cabaret de l’immédiat après-guerre, avant la création des deux États allemands, avec ses chansons, ses pièces et ses sketches mélancoliques et poétiques, écrits pour le Schaubude et la Kleine Freiheit. Sa conception du cabaret en tant qu’institution morale et philosophique et en tant que théâtre contemporain lyrique et élégiaque ouvre la voie au cabaret politico-satirique des années 50.
« J’écris contre l’indolence du cœur et l’incorrigibilité des esprits. » (Erich Kästner)

Ephraim Kishon (1924 – 2005) est l’écrivain plein d’humour avec le plus de succès au vingtième siècle à l’échelle mondiale et le représentant littéraire d’une entente réussie entre allemands et juifs après 1945. Né Ferenc Hoffmann en Hongrie, il émigre en 1949 en Israël et écrit à partir de 1952 des articles politico-satiriques pour différents journaux, dirige de 1959 à 1962 à Tel Aviv la petite scène artistique « L’oignon vert » et devient depuis le début des années soixante « l’auteur préféré des descendants de mes bourreaux » (Kishon sur Kishon) avec ses romans, récits et pièces de théâtre. Nourri de la tradition de l’humour des juifs de l’Est, ses récits humoristiques réalistes visant l’absurde, ses charmantes satires sur « la meilleure de toutes les épouses » et sur les excès de la bureaucratie nous donnent un aperçu universellement valable d’un « Schilda » des temps modernes :
« Un Münchhausen oriental, qui dit des vérités sérieuses avec un esprit gai. Sans respect pour les tabous, il se moque de la bigoterie et de l’arrogance raciale, persifle la vanité humaine, l’égoïsme et l’intolérance. Grognon et critique, le misanthrope mélancolique traite de l’arrogance politique et des menus actes de corruption des gens. (Die Welt)


Dietrich Kittner (1935-2013 ) est le saltimbanque, à la fois engagé et combatif, du cabaret ouest-allemand. Missionnaire d’extrême-gauche, opposé au système capitaliste sociétal et économique, ce marathonien parmi les artistes fonde en 1960 les Leid-Artikler de Göttingen. Depuis leur dissolution en 1966, il poursuit sa route en tant que soliste. En 1975, il ouvre le Theater an der Bult, rebaptisé Theater am Küchengarten en 1986, qu’il dirigera jusqu’en 1993.

Pacifiste passionné et provocateur satirique, ce « tacticien de la guérilla chansonnière » (Peter Schütt), « aussi fort et amer qu’un alcool de betterave » (NDR), se mêle de la vie publique de la république, avec des programmes assemblant information, analyse et satire, mais aussi des initiatives et des campagnes de protestation.
« Ce n’est pas un simple travail de manucure qu’il opère sur la société, mais une dissection.  C’est un combattant solitaire et un résistant, qui s’aventure beaucoup plus loin en territoire hostile que tous les spectacles satiriques majeurs réunis. Il fait partie du petit nombre d’esprits éclairés de ce pays qui réussissent à surmonter les cinq difficultés, énoncées par Brecht, dans la diffusion de la vérité. » (Günther Wallraff)

Klabund (1890 – 1928) est une figure centrale de la Bohème munichoise, qui donna, aux alentours de 1910, une impulsion littéraire au cabaret orienté vers le pur amusement. Après plusieurs représentations avec une critique lyrique dans le « Simpl » et au « Cabaret Voltaire », tous deux à Munich, cet écrivain expressionniste appartient dès 1919 aux parrains littéraires du cabaret de la République de Weimar. Ses œuvres englobent outre 17 volumes de poésie, 10 romans, divers drames, ainsi que des traductions de poésie chinoise. Sa lyrique du milieu berlinois, mise en musique par Friedrich Hollaender et représentée par Blandine Ebinger, Rosa Valetti, Trude Hesterberg ou Käte Kühl est récitée par lui-même d’une manière explosive dans les cabarets « Schall und Rauch » ou « Wilde Bühne », et fidèle à sa devise : « Un Dieu m’a vomi – Aurore ! Klabund ! Il commence à faire jour » :
«  Ce dernier rhapsode libre, le dernier de la vieille génération des poètes errants … lyrique de clair de lune et plaisanteries en dialecte ; pathos, mélancolie et histoires paillardes de bistrot. D’une idée subite, il fait en un rien de temps un rythme, un mot, un refrain. Et par dessus tout planait un libertinage insinuant du nom de Klabund. » (Carl von Ossietzky, 1928)

Trude Kolman (1904-1969) est, en tant que directrice et première femme metteur en scène, un des personnages centraux de la scène de théâtre et de cabaret munichoise des années 50 et 60. Cofondatrice et directrice du cabaret Kleine Freiheit ouvert en 1951, elle rallie une dernière fois Erich Kästner et Friedrich Hollaender à la petite scène, découvre et promeut Martin Morlock ou encore Helen Vita. Par la même occasion, la « sorcière de la précision » (Hanne Wieder) poursuit ce qu’elle avait commencé en 1935 en tant que chef du cabaret berlinois TingelTangelTheater, interdit peu après par la Gestapo pour cause d’ « effronterie et méchanceté juives sans bornes », à savoir : la critique du temps comme critique violente du monde et le cabaret de genre théâtral comme institution philosophique. Ayant émigré au cours de cette même année à Vienne , la « Caroline Neuber » de la Onzième muse initie aux côtés de Curt Bry, qu’elle connait de leurs jours passés ensemble dans le Katakombe, le cabaret Sixième Ciel, avant de partir pour l’Angleterre en 1939, où elle survit en tenant une pension londonienne :

« Nous nous sommes disputés tant de fois et avec tant de cœur ; à chaque fois, cela portait ses fruits. L’absence de ta personnalité électrique est une perte douloureuse. Merci ! » (Friedrich Hollaender)

Georg Kreisler (1922-2011) est l’éloquent grand seigneur des chansons noires et souvent apocalyptiques. Ses chansons et ses histoires, remplies d’humour noir et de jeux de mots, relatent également la tristesse causée par l’anéantissement de la culture juive par le nazisme. Après son émigration vers les États-Unis et son retour à Vienne au milieu des années 50, l’auteur écrit dans un premier temps plusieurs romans et pièces de théâtre dans le Marietta-Bar Furore, joue ensuite dans la troupe du Kabarett ohne Namen (« cabaret sans nom ») et présente régulièrement, à partir de la fin des années 50, de nouveaux classiques de la chanson dans des programmes solo et duo. Auteur, compositeur et interprète aux talents satiriques multiples, le gai misanthrope devient, avec son « Everblacks » surréaliste et macabre, ses arias non-aryennes et ses chansons politiques, le modèle d’une génération entière de cabarettistes musicaux. 
« Sa source d’inspiration est, au-delà de son brillant intellect, une imagination supérieure et concrète. C’est un garçon à l’humour sans fin et à la mélancolie profonde, tourmenté par la conscience du temps. Un moraliste, un poète, un parodiste, un rebelle, empreint d’une légèreté à la Nestroy et d’un surréalisme à la E.T.A. Hoffmann. » (Hans Weigel, 1972)


Kate Kühl (1899-1970) est l’enfant ingénue et chic parmi les grandes chansonnières de l’époque de Weimar. Découverte par Rosa Valetti pour le Cabaret Größenwahn, le « rossignol rouge », pendant féminin d’Ernst Busch, est présente dans tous les cabarets politiques importants, de la Wilde Bühne à la Katakombe, en passant par le KadeKo (« cabaret des comiques »). La « mère Courage du cabaret littéraire » brille « d’une volupté passionnée » (Felix Joachimson), principalement en tant qu’interprète de Tucholsky, mais aussi avec des chansons et des textes de Bert Brecht, d’Erich Kästner et de Joachim Ringelnatz. Elle se produit également au théâtre et dans des films. En 1933, Kühl se retire de la scène, survit au troisième Reich en animant une chaîne radiophonique locale avant de reprendre part, après 1945, à des soirées de chansons qui rappellent les grands auteurs des années 20.
« Un talent bouillonnant ; Kate Kühl, une femme joufflue et aux grands yeux joyeusement émerveillés, dont la voix sonnait comme un clairon revêche. Elle pouvait trompeter directement dans le cœur des gens. Le ton empli d’optimisme, d’une fraîcheur belle, forte et compacte… Une reine aux mains sur les hanches. » (Friedrich Luft)

Volker Kühn (1933) est un des auteurs satiriques marquants des médias et un important historien des cabarets du 20ème  siècle, un grand maître expert en histoire du collage des sons originaux, jusqu’à ce qu’apparaisse « cet original comme satire et la satire comme original » (Spiegel). Employé du « Reichskabarett » berlinois, du « Scheibenwischer » et du « Notizen aus der Provinz », plus d’une décennie responsable principal pour le bilan mensuel satirique « Bis zur letzten Frequenz », le défenseur au verbe puissant se consacre à une satire éducatrice comique visant à une transformation politique et s’adressant au citoyen responsable. Auteur pour la scène, la radio et la télévision, rédacteur, directeur et producteur de revues théâtrales documentaires et satiriques, « La taupe à la recherche de l’aurore » (HR) a dessiné l’histoire de la onzième Muse et dépeint leurs protagonistes avec sensibilité :
« Il faut observer comment s’expriment les gens simples que les autres prennent en permanence pour des sots… un chroniqueur d’une triste réalité, qui renonce à l’indignation honnête, au lieu de cela il fait confiance à la satire comme seule et vraie institution morale (Süddeutsche Zeitung).


Edgar Külow (1925-2012) est le cabarettiste le plus courageux de la RDA et une figure centrale de l’ascension de la Leipziger Pfeffermühle au rang de meilleur cabaret du pays au début des années 60. Interprète, auteur, metteur en scène et directeur à partir de 1962, le Westphalien d’origine, qui se faisait déjà remarquer sur les bancs de l’école pour son « esprit de rébellion » et son « indiscipline », marque depuis 1959 le style de ce cabaret, franchissant sans cesse les limites de la satire autorisée. Congédié en 1964 pour cause de « diversion idéologique » dans le programme interdit « Woll’n wir doch mal ehrlich sein », le favori du public trouve refuge dans la troupe théâtrale de la télévision officielle de la RDA. Directeur artistique du Taktlosen de Halle, auteur du magazine satirique Eulenspiegel et « président » lors des soirées d’auteurs du Distel, Külow reste pourtant un critique provocateur du régime du SED (Parti communiste de RDA), et en particulier du tout-puissant parti unique. Avec une obstination westphalienne, il persévère jusqu’à aujourd’hui dans une maxime de vie que l’on retrouve depuis les années 80 dans des programmes mettant en scène l’intraitable philosophe du dimanche Willi Koslowski.
« Chaque coup que j’ai pris m’a renforcé dans l’idée qu’il faut être de gauche dans ce monde. »


Lore Lorentz (1920-1994) est une « Grande Dame » du cabaret dans la République Fédérale, cœur et âme cofondatrice en 1947 de la « Kom(m)ödchen » de Düsseldorf. Elle agit pour son propre compte et comme protagoniste jusqu’en 1983 dans cet ensemble avec des partenaires changeants, elle fut l’incarnation pendant des années du style soigné du « Kom(m)ödchen » et de « l’information avec une touche élégante ». Jusqu’en 1993 elle produit une suite de 7 programmes en solo, dans lesquels la « danseuse étoile absolue de la satire politique, la sirène de cabaret majestueuse avec son charme de Bohème et son acuité intellectuelle » (FAZ 1980), fidèle à sa devise « La colère est la jeunesse », agit aussi comme la Cassandre démocratique de la deuxième République allemande. Précise dans son expression, parfois méchante mais jamais insultante, elle réussit dans le cabaret toujours en mutation l’équilibre entre la tradition et l’innovation :
« Ce que l’on attaque, doit être vulnérable, comment on y parvient doit être – inattaquable. Le cabaret est une sorte de théâtre du moment, nous devons nous y conformer, l’analyser, l’explorer pour inciter la partie la plus progressiste du public à une réflexion politique, secouer le public bourgeois, le pousser à agir. » (Lore Lorentz)

Loriot (1923-2011) est l’auteur satirique universel doué de la vie au quotidien, dont les sketches et les dialogues avec « sourire de fer » trouvent leur place dans la conscience collective et appartiennent aux heures de gloire de la satire à la télévision. Chansonnier à la plume acérée, ses dessins apparaissent depuis le début des années cinquante régulièrement dans les magazines « Stern »,  « Quick » et plus tard dans « Pardon », avant que ce Gentleman parmi les parodistes et farceur distingué depuis son « Sofa Biedermeier » présente dans de nombreuses séries télévisées le paradoxe de la réalité escaladant en catastrophe en relation avec la perfidie de l’objet. Caricaturiste et auteur, star de la télévision et cinéaste, l’inventeur du « nez en bulbe » suit dans toutes ses productions la devise « L’homme est le propre artisan de son malheur » et montre le sérieux comique de la vie dans des drames du quotidien entre le gag et la recherche sociale :
« Loriot a une immense finesse des sens, un instinct infaillible pour le ridicule de notre monde…Avec imagination, plaisanterie et farce parodique Loriot éclaire nos habitudes et dit leurs quatre vérités à ceux qui les pratiquent. Il prouve avec une ironique noblesse que le non-sens peut aussi changer les rapports conscients existants. » (Michael Skasa)

Jürgen von Manger (1923 – 1994) est le père de toute une génération de chansonniers s’exprimant en dialecte et de comiques de la région de la Ruhr. En 9 programmes solo entre 1963 et 1985 il produisit avec le personnage « Adolf Tegtmeier » un psychodrame de « l’Homo sapiens kohlenpottiensis ».  Ses tragicomédies de la vie quotidienne révèlent dans des monologues littéraires affinés, par le détour de la langue, la pensée du « petit homme » proverbial et anoblit le dialecte dans la langue théâtrale. Sans le dénigrer il montre le petit bourgeois dans son impuissance face à un monde étrange - « Also Äährlich, bleibense Mensch » (Alors, franchement, restez un homme). Bavardant apparemment avec naïveté, il démasque avec une méchanceté sous-jacente les anomalies de son temps :
« Ce qu’était Karl Valentin pour Munich et le « Monsieur Karl » pour Vienne, correspondent au type d’Adolf Tegtmeier inventé par Manger pour le bassin de la Ruhr. Le public rit beaucoup, se sent aussi toutefois concerné, car il ne sait pas toujours exactement, si c’est le comique populaire qui parle ou bien celui qui trouve le peuple comique aussi – en tout cas un auteur satirique aussi rare qu’étrange. (Berliner Morgenpost 1972)


Erika Mann (1905-1969) est la tête froide et le cœur passionné du cabaret munichois  « Pfeffermühle » ouvert en 1933 qui est « la compagnie théâtrale de l’émigration allemande ayant le plus de succès et la plus grande efficacité » (Klaus Mann). Fondatrice, auteure principale, charmante présentatrice, non seulement dans son personnage préféré du clown mélancolique, elle est une interprète convaincante du cabaret à Zurich à partir de l’automne 1933, « la gracieuse amazone » (Ludwig Marcuse) travaille avec son ensemble dans des conditions les plus difficiles, contre Hitler – « Participez, il s’agit de votre terre », est la devise. Tout d’abord de canton en canton, en 1935 – 1936 en tournée à travers l’Europe, les pays d’accueil retirent de plus en plus souvent aux exilés la permission de jouer en raison des interventions et des émeutes fascistes locales. Sa tentative de s’établir à New York échoua :
« Même là, où elle aurait dû être amère, dans la procédure d’accusation, elle gagna en protestant par le charme de son sourire, de sa voix et de ses gestes. Son appel moral et politique fut efficace parce qu’il venait du cœur et était présenté avec une précision artistique. » (Klaus Mann)


Gisela May (1924) est la très polyvalente Première Dame de la chanson politique germanophone et, en tant qu’ « élève » de Hanns Eisler et de Helene Weigel, l’interprète par excellence de Brecht durant la deuxième moitié du 20ème siècle. Après des engagements à Dresde, Leipzig, Halle et Schwerin, cette « simple actrice dotée d’une certaine touche musicale » (May à propos d’elle-même) intègre en 1951 le Deutsche Theater de Berlin où elle réalisera en 1957 son premier spectacle chanté. Membre du Berliner Ensemble durant une trentaine d’années à partir de 1962, May s’affirme sur la scène théâtrale comme interprète expressive des rôles féminins les plus divers et enregistre parallèlement un triomphe international avec ses programmes de chansons. Dans une symbiose unique, le « rossignol socialiste » (FAZ, 1982) allie dans ses prestations le charme de Marlene Dietrich à la froideur de Lotte Lenya et au pathos d’Ernst Busch ; elle met en chanson la « créature humaine » avec une sobriété intègre et une grande empathie
« Elle a ce ton roucoulant des intelligences rudes ; elle peut faire claquer les sons mélodieux et faire vibrer les dissonances… Une chansonnière d’une insistance rare  qui fait référence. » (Die Welt, 1965)

Walter Mehring (1896 – 1981) est l’auteur prédominant du cabaret politico-satirique des premières années de la république de Weimar. Inspiré par le dadaïsme, Mehring écrit des chansons, des scènes de théâtre et des drames courts pour les cabarets berlinois, « Cabaret Gröβenwahn », « Wilde Bühne », « Rampe », « Karussell », « Kabarett für Alle », « Kaftan », « Kabarett der Komiker », « Katakombe » et « Bonbonnière » à Munich ; comme directeur artistique et d’ailleurs auteur de la maison du premier cabaret politique, le deuxième « Schall und Rauch » initié par Max Reinhardt, il en définit le profil. Après l’émigration de 1933, ses textes appartiennent à la partie intégrante des programmes des cabarets émigrants dans le monde entier. Dans le cabaret « Pfeffermühle » de Erika Mann il se produit encore lui-même avec le triste hymne de l’exil et la chorale des émigrants : 
« Mehring a introduit avec ses poèmes un ton complètement nouveau dans la littérature. Ses poèmes sont étrangement irréalistes, transparents comme le verre, parfois il s’en fait étrangler un par une expression choquante consciemment choisie, parfois il brise le rythme – ce poète peut encore influencer les battements de cœur de ses lecteurs, s’il le veut. » (Kurt Tucholsky 1929)


Christian Morgenstern (1871-1914) est un des parrains littéraires du cabaret allemand. Grâce à ses chansons de potence et à ses parodies de drames, il compte parmi les auteurs les plus joués du cabaret de l’époque impériale. Ses textes sont depuis longtemps devenus des classiques de la petite scène – « Ein Knie geht um die Welt, und die Möwen sehen aus, als ob sie alle Emma hießen » . Cet artiste de la langue est le spiritus rector du Schall und Rauch. Ce cabaret berlinois fondé par Max Reinhardt fut inauguré en janvier 1901 par une soirée de soutien en l’honneur de ce maître de la profonde poésie grotesque et insensée, alors atteint d’une maladie des poumons. Les textes de Morgenstern sont encore aujourd’hui régulièrement récités, notamment par Gert Fröbe, Günther Lüders et Otto Sander.
« Ses personnages de Palmström, de Korf et de Muhme Kunkel séduisent la toute jeune génération d’une manière très particulière […] On se tord de rire, on s’émerveille après coup, on reprend son sérieux ; un lyrisme profond qui au dernier instant tourne à l’amusement. On finit enfin par remarquer que l’on vient d’appendre une phrase philosophique… Des phrases à la Kant sous une forme poétique. » (Kurt Tucholsky, 1919)

Martin Morlock (1918 – 1983) est le poète toujours un peu sceptique parmi les auteurs qui donnèrent leur empreinte au cabaret des années du miracle économique. Découvert par Werner Finck et soutenu par Erich Kästner ce moraliste fait référence avec ses « sarcasmes affûtés au plus haut degré de dureté et avec ses morceaux choisis littéraires soigneusement polis. » (Spiegel 1983) Il imprègne les programmes du « Kom(m)ödchen » à Düsseldorf et le « Kleine Freiheit » de Munich, écrit pour le « Mausefalle » de Stuttgart ainsi que pour le « Lach- und Schieβgesellschaft » de Munich. Premier critique de télévision de la République, il écrit pour le « Spiegel » cinq années durant sous le nom de « Telemann », presque une institution nationale, il brille comme chroniqueur critique de son époque pour différents quotidiens et comme auteur éloquent pour la radio et la télévision avec des « formulations, raisonnements et des synthèses polémiques d’une grande justesse » (Joachim Kaiser) :
« Il laissait l’Olympe où il était et s’assit au marché sur le banc des moqueurs … dommage que Kerr et Polgar et Tucholsky ne soient plus en vie. Ils auraient eu un vrai plaisir dans les « règles pour trouble-fête » de Martin Morlock. (Erich Kästner 1967)


Erich Mühsam (1878-1934) est un des premiers auteurs explicitement politiques du cabaret allemand. Sa ballade du Revoluzzer (« le pseudo révolutionnaire ») est déjà un classique du genre dans les années 20. L’anarchiste reconnu exécute et déclame ses complaintes et poèmes socio-révolutionnaires dans le cabaret berlinois de l’époque impériale et devient le poète attitré du Simpl munichois à partir de 1903. Corédacteur de différents journaux satiriques, il compte dans le même temps parmi les critiques les plus sévères du cabaret naissant, auquel il reproche un manque de poésie et de contenu. Cela ne l’empêche cependant pas de présenter, lors de ses propres entrées en scène, quelques contrepèteries et vers absurdes – « Die Männer, welche Wert auf Weiber legen, Tun dieses leider meist der Leiber wegen » . En 1919, Mühsam intègre le Comité central de l’éphémère République  bavaroise des conseils (soviets). Il est assassiné en 1934 dans le camp de concentration d’Oranienburg.
« Sa poésie était dynamique et multiforme ; tantôt déclamant combat et révolution, tantôt blagueuse et joueuse. Bohémien ironique et rebelle coriace ; son cœur l’a conduit chez les exploités. » (Egon Erwin Kisch, 1934)


Rudolf Nelson (1878-1960), pianiste, compositeur et directeur de cabaret, est le représentant marquant du cabaret élégant des grandes villes qui, entre frivolité et exigence littéraire, domine la scène de cabaret de l’époque impériale par son humour riche d’esprit. Cofondateur en 1904 du théâtre Roland von Berlin, le grand maître de la muse légère inaugure en 1907 le cabaret Chat noir à Berlin, fonde en 1914 le Nelsons Künsterlspiele et crée pour ce dernier en 1919 la revue de cabaret avec laquelle il rencontre un certain succès dans les années 20. Après avoir émigré en 1933, Nelson dirige le cabaret d’exil La Gaité à Amsterdam, échappe à la déportation en se cachant et écrit en 1949, après son retour d’exil, sa dernière revue Berlin Weh Weh. Pendant près de cinquante ans, la phrase « … und Rudi macht die Musik dazu » (… et Rudi s’occupe de la musique) est un gage de qualité et de succès auprès du public.
« Le plus grand succès de Nelson est une chanson à texte. Chantante, légèrement entraînante, d’un charme libérateur. Il réduit en morceaux le lugubre et le triste et fait entrer en nous une ravissante mélodie. Un enchevêtrement de gaité, de tendresse, de rythme et de fine parodie. » (Fritzi Massary)


Günter Neumann (1913 – 1972) est la figure centrale du cabaret de l’immédiat après-guerre berlinois, ses revues formées avec Friedrich Hollaender et Rudolf Nelson pour le « Cabaret Ulenspiegel » traitent de la vie politique quotidienne dans la ville divisée et apportent leur contribution à l’éducation démocratique des Allemands. « Artiste satirique de son époque aux rares talents et avec beaucoup d’esprit » (Friedrich Luft), les débuts de la « voix berlinoise » (Klaus Schütz) se font dans le cabaret « Katakombe » de Werner Finck et au « Kabarett der Komiker » de Willi Schaeffer où il fut déjà découvert avant 1933. Il atteint une popularité dans la République Fédérale en tant qu’imitateur, compositeur et auteur principal du cabaret des médias ayant le plus de succès jusqu’à aujourd’hui, l’émission « Insulaner » diffusée la première fois en 1948 qui opéra en une suite de 150 émissions comme cabaret au front de la guerre froide, reflétait l’humeur des berlinois, non seulement de l’ouest :
« Il a fait rire Berlin sur des conditions de vie sur lesquelles nous aurions dû pleurer. Il nous a montré ainsi qu’au monde entier qu’un chant politique n’est pas nécessairement méchant, il peut aussi être drôle et avoir du charme. » (Curt Flatow 1971)


Wolfgang Neuss (1923 – 1989) est l’enfant terrible du cabaret de l’après-guerre en Allemagne Fédérale. Après des débuts de cabarettiste sur le front il se produit comme artiste ambulant à partir de 1949 dans des cabarets berlinois avec des rôles en solo écrits par Eckart Hachfeld « L’homme à la grosse caisse », il fait des mises en scène au cabaret « Stachelschweinen » et présente en commun avec Wolfgang Müller plusieurs programmes en duo. Comme acteur particulièrement populaire dans l’ensemble des cabarets satirico-politiques, il est représenté dans plus de cinquante films. A la fin il se montre dans ses trois programmes en solo entre 1963 et 1967 comme rebelle contre le cabaret de la prospérité repue et attaque avec des jeux de mots cyniques proférés à grande vitesse la bourgeoisie instruite de gauche. En 1970 il se retire de la scène comme l’idole des cabarets et « légende vivante » il fit un court retour sur scène dans les années quatre-vingts :
« Il a une gueule brillante, quelque chose d’un génie menaçant, une bouffonnerie naturelle … Il explose et improvise pendant plus d’une heure et demie, fait le cabaret de l’absurde et vise de cette façon des éléments réels et des situations intenables … Villon, Kästner, Ringelnatz, Tucholsky, il est tout cela en une personne. » (Theater heute 1964)


Rainer Otto (1939) est le théoricien du cabaret socialiste le plus éminent et la figure centrale des cabarets est-allemands depuis les années soixante-dix. De 1965 jusqu’à la privatisation début 1993, il marque de son empreinte le cabaret « Pfeffermühle » à Leipzig comme écrivain, auteur dramatique et directeur et il réalise des mises en scène dans différents autres cabarets. Roublard pragmatique et éminence grise intelligente, le « diplomate pour le plus dur » (Harald Pfeifer) organise en 1969 le premier festival des cabarets en RDA, il va chercher dans les années 80 Dieter Hildebrandt et Werner Schneyder pour une représentation spectaculaire à Leipzig et appartient aux inventeurs de la foire au rire. Misant encore après la réunification sur la force des mots et sur l’intelligence du public, le « pape du cabaret de l’Est » travaille de 1993 à 2006 avec l’ensemble « Sanftmut » et écrit des articles pour la radio et les journaux sur l’histoire et la situation actuelle du cabaret en tant que grand connaisseur de ce milieu :
«  Un dictateur belligérant et doux dont les mises en scène font référence et qui défendit avec ténacité l’indépendance du cabaret et de la satire contre le pouvoir des bureaucrates d’état. » (Jürgen Hart)


Gerhard Polt (1942) est l’auteur satirique démesuré et le grognon linguiste doué, il fait « tourbillonner les mots dans tous les coins de l’âme » (taz) et présente depuis 1975 la situation socio-pathologique des Allemands sur l’exemple des Bavarois. Interprète de l’humain de premier ordre et témoin auditif intransigeant de la vie quotidienne, il traite sur scène comme dans les films avec Hanns Christian Müller, dans les pièces de théâtre et les séries télévisées de la mentalité du petit bourgeois éternel qui est en nous tous. D’une crédibilité effrayante Polt incarne « l’homo sapiens perfidis » qu’il a lui-même créé, un monstre honnête dont la loquacité balbutiante cache un biotope de la pensée de la précivilisation :
«  Jusque dans les derniers recoins de leur syntaxe déformée, fragile et néanmoins joyeuse et ivre de nonsens, Gerhard Polt flaire le vrai faux jeton des étages supérieurs de cette société démolie ; il accorde une attention encore plus grande aux ratés, aux solitaires, aux pauvres, aux exploités … Polt a une passion pour la réalité et une grande affection pour leurs folies, stupidités, insolences et aveuglements. » (Jürgen Roth)


Helmut Qualtinger (1928 – 1986) est l’acteur de génie aux facettes multiples du cabaret politique de l’après-guerre en Autriche, dont la période florissante est liée inséparablement avec ce personnage. Tout d’abord dans la troupe du cabaret « Kabarett ohne Name » initié par Gerhard Bronner, ensuite à partir de 1961 en programmes solo et soirées de lecture, ce talent exceptionnel fait fureur. Son œuvre « Herr Karl » rédigée avec Carl Merz fournit le profil psychologique non dépassé à ce jour du petit-bourgeois éternel. Auteur de nombreux livres, jouant dans de nombreux films et pièces de théâtre, « l’artiste satirique autrichien le plus important depuis Karl Kraus » montre sans cesse les abîmes non seulement de l’âme autrichienne :
«  Sa voix pouvait passer soudaine d’un bouillonnement rugissant à un murmure le plus doux, son jeu d’expression à la vitesse de l’éclair du dominateur au pitoyable, du cœur dur au plaintif. Les nuances subtiles du passage presque imperceptible de la sentimentalité à la brutalité n’ont guère été maîtrisées si parfaitement que par cet homme très sensible, vulnérable et à la nature très délicate. » (Süddeutsche Zeitung 1986)


Alfred Rasser
(1907 – 1977) est le premier et pendant de longues années le seul artiste de cabaret politique de la Suisse un « génie du cabaret et bouffon d’une véhémence irrésisitible » (Werner Wollenberger). A partir de 1935 dans la troupe du « Zürcher Cornichon » il lance et dirige entre 1943 et 1953 le « Kaktus » à Bâle, avant qu’il ne fasse des tournées en Suisse avec des nombreux programmes en solo jusqu’au milieu des années soixante-dix. De 1967 à 1975 Membre du Parlement au Conseil National Suisse, c’est le sujet de toujours de l’acteur de gauche : l’image de la Suisse comme modèle de démocratie neutre dont il montre et attaque par ses satires les défauts avec le personnage « Läppli », un « Schweyk balois » :
« Comme un bouffon du roi et du peuple libre improvisant magnifiquement ; il est toujours prêt à porter le bonnet du bouffon comme marque de la dignité de l’accusateur et à attaquer avec la vivacité du moqueur et du parodiste la folie obstinée der personnages de haut rang qui se masquent. Même dans les farces les plus stupides il réussit encore à dévoiler les faiblesses humaines, et à placer ce qui est typique par des mots et des gestes. » (Walter Lesch)

Otto Reutter (1870 – 1931) est l’artiste de variétés éminent de l’époque impériale comme chanteur populaire des petites gens et un humoriste philosophique, la vedette populaire la mieux rémunérée du « Wintergarten » berlinois entre autres. De 1895 jusqu’à sa mort le roi des mots d’esprit cinglants et le « père des chanteurs comiques allemands » (Max Hermann-Neisse) se produit dans tous les music-halls de langue allemande, le mélange unique de ses strophes et conversations qui dépassent les 1000 couplets sur la critique de l’époque, les réflexions sur la vie de tous les jours et le dialecte berlinois est jusqu’à aujourd’hui un modèle pour les auteurs de cabarets et de chansons. « In fünfzig Jahren ist alles vorbei », « Ick wundere mir über gar nischt mehr », « Nehm’n Sie’n Alten »,  beaucoup de ses refrains furent repris dans la langue de tous les jours et appartiennent au patrimoine collectif :
«  Il devait combattre une langue qui est lourde, que l’on doit d’abord plier et pétrir, une langue que l’on doit pratiquer des années et des années jusqu’à ce qu’elle danse … avec lui, elle a même sautillé. Très étrange, il s’y trouve des idées presque mélancoliques, sceptiques, écrites « avec de la bière », mais proche des clowneries du génie. » (Kurt Tucholsky)

Joachim Ringelnatz (1883 – 1934) est le vagabond mélancolique parmi les poètes et auteurs satiriques qui s’engagèrent dans le cabaret au temps de la République de Weimar et dont les textes et les chansons fondèrent après 1945 le mythe de la décennie d’or du petit théâtre de cabaret. Déjà entre 1909 et 1911 écrivain attitré du « Simpl » de Munich et après plusieurs échecs professionnels comme marin, peintre et poète, il se consacre après 1919 entièrement au cabaret. Il est l’hôte à Berlin de « Schall und Rauch », « Wilde Bühne », « Kabarett der Komiker » comme de la « Bonbonniere » à Munich. Des tournées régulières de représentations suivent dans toutes les régions de langue allemande. En costume de matelot, en référence à son Alter Ego « Kuddel Daddeldu », il présente, « ivre, titubant, métaphysicien à la mimique étrange (Felix Joachimson), ironie, grotesque, spleen et sarcasme étrangement mélangés, regardant le monde avec des yeux d’un grand enfant :
«  Un art qui est capable de montrer la mélancolie en état d’apesanteur et qui fait apparaître la morne tristesse d’une manière lumineuse … la mélancolie se jette dans les bras de l’absurde. » (Peter Rühmkorf)

Rodolphe Salis (1851 – 1897) est, en tant que fondateur, dirigeant et animateur du cabaret parisien « Le chat noir » ouvert en novembre 1881, « l’inventeur » du cabaret moderne. Jusqu’en 1897 le premier « cabaret artistique » dans l’histoire du quartier des artistes de Montmartre à Paris est ouvert, pendant ce temps il évolue de lieu de rencontre de la vie de bohème à l’attraction touristique. Salis lui-même y brille comme impresario à la fois excentrique et habile en affaires, dont le mérite est la présentation d’un mélange de peinture, poésie, musique et théâtre qui donnera vingt ans plus tard le modèle aux théâtres fondés en Allemagne. Paré de décorations dans de pompeux uniformes fantaisistes et pérorant d’une manière sauvage, l’autoproclamé « Seigneur de Chatnoirville », associe dans sa personne le bohémien et le bourgeois et dans ses présentations la moquerie satirique avec l’opportunisme dévot :
« Un prophète, à la voie tonnante comme un prédicateur de la vengeance … un farceur libre qui a appris le rire, l’art le plus difficile et le plus humain. Un philosophe auquel le monde et le genre humain déplaisent et qui pourtant aime le spectacle ridicule de la vie. » (Hermann Bahr 1890)

Wolfgang Schaller (1940) est le défenseur élégiaque d’une gauche utopique des auteurs les plus en vue du cabaret est-allemand. Depuis 1970 membre du « Herkuleskeule » (la massue d’Hercule) de Dresde et comme dramaturge, auteur attitré et depuis 1988 comme directeur artistique, il marque le style des cabarets de la RDA qui se développent en ensembles les plus courageux et les plus modernes, et dont les pièces pour cabaret écrites avec Peter Ensikat en particulier font référence. Comme porte-parole empathique des petites gens et défenseur engagé d’une conscience est-allemande, ce sceptique plein d’espoir conserve aussi après 1990 son esprit de contradiction ainsi que sa foi dans le potentiel du cabaret comme moteur de changement de la société :
« C’était un ton nouveau, une toute nouvelle gravité derrière la plaisanterie. Enfin il y en avait un qui faisait de nouveau une satire, où la plaisanterie cessait d’être inoffensive. Sa plaisanterie semblait venir d’une colère que je connaissais bien. C’était la colère de ce que dans cette RDA, ce que l’on nommait socialisme, était devenu une plaisanterie pourrie. Qu’aujourd’hui parmi ceux qui lui reprochent son attitude actuelle, beaucoup sont ceux qui lui reprochaient son attitude déjà auparavant, prouve bien qu’il s’agit chez Scholler effectivement d’une attitude. » (Peter Ensikat)

Werner Schneyder (1937) est le gentleman satirique à la langue acérée et le présentateur de dimension non-conformiste et au catalogue abondant dans le cabaret de la fin du 20è siècle. « Révolutionnaire en raison de principes conservateurs » (Schneyder sur Schneyder) et «  Chansonnier par nécessité morale » (Dieter Hildebrandt), cet artiste au talent multiple réussit, à partir de 1981, dans ses programmes en solo l’association aussi rare qu’élégante du cabaret d’analyse de la société et des chansons mélancoliques en des programmes littéraires de qualité politique. Déjà auparavant en cinq programmes en duo à succès avec Dieter Hildebrandt le « Punk de la première heure » (La Presse, Vienne), le roi de l’autodérision dans un dialogue pointu qui présente avec esprit et grande compétence le cabaret comme combat de boxe verbal au plus haut niveau :
« Il se bat encore, et en fait, c’est sa vertu, dans toutes les directions, dans tous les côtés disponibles, cependant toujours au nom des pauvres diables contre les diables riches. Comme Nestroy et Karl Kraus c’est un amoureux de la langue. Ses vers critiques sont de forte densité et d’inspiration poétique, ses aphorismes méritent la plus grande attention et le respect général. Un écrivain contemporain de haut rang. «  (Hans Weigel)

Klaus Peter Schreiner (1930) est l’éclaireur sibyllin et le journaliste satirique parmi les poètes du cabaret de la République Fédérale, auteur attitré et éminence grise de la Münchner Lach- und Schieβgesellschaft de 1958 à 2000. «  Paresseux frustré et moraliste désespéré » (Schreiner sur Schreiner), il écrit en outre pour les cabarets « Zwiebel » de Munich, « Senftöpfchen » de Cologne et « Renitenztheater » de Stuttgart, pour la série télévisée « Notizen aus der Provinz », pour le « Scheibenwischer », et pour la première série de comédies « Klimbim ». Un mélange de prophéties et de poésies caractérise ses satires écrites en noir, le « talent particulier pour des conclusions déconcertantes et un flair infaillible pour la perception du temps à venir » (Dieter Hildebrandt), thème récurrent est la manipulation de la langue comme expression de la manipulation de la pensée par les puissants :
«  Ses travaux sont des chefs d’œuvre polémiques dans un volume restreint, cet artiste satirique résiste courageusement à la tentation de faire rire en s’écartant du sujet … Clair et irrespectueux, il met à nu les questions tortueuses, présente les autorités qu´il choisit et démonte leur phraséologie sonore. » (Süddeutsche Zeitung)

Jura Soyfer (1912 – 1939) est l’écrivain politico-satirique le plus marquant du cabaret autrichien avant 1945, coresponsable pour la première période courte et brillante du cabaret viennois des années trente. Auteur attitré du « Politisches Kabarett » et du « ABC », écrivain pour la « Literatur am Naschmarkt » (littérature au marché des confiseries) et divers groupes Agitprop, ce sont avant tout les « Mittelstücke » ainsi  nommés, paraboles critiques de son temps, avec lesquelles il rejoint la tradition viennoise du théâtre populaire. Le thème récurrent de cette satire sceptique, pathos révolutionnaire et l’élégie lyrique qui lient les séries scéniques, montrent l’humanité avant la catastrophe, associée à l’utopie de « l’homme humain ». Après l’invasion des allemands il fut arrêté et déporté à Dachau, l’auteur du « chant de Dachau » mourut un an plus tard dans le camp de concentration de Buchenwald :
« Il appartient au cercle des artistes caractérisés par leur humour noir dans une époque de désespoir absolu et d’impuissance. Nous autres étions plus ou moins doués. Il était génial, pas un imitateur, pas un épigone, un descendant légitime de Johann Nestroy. Jura Soyfer fut un artiste « inachevé ». (Hans Weigel)

Mischa Spoliansky (1898 – 1985) est l’esthète musical, sensible et jazzman parmi les compositeurs marquants du cabaret de la première moitié du siècle avec leurs chansons et revues. Cependant moins satirique de son temps qu’intellectuel observant avec précision ; il brille également en tant que pianiste comme « Moische Mozart » (Roman Cycowski) pour parodier la société élégante et mondaine, qui reflète avec ironie les modes et tendances des années folles. Directeur musical de « Schall und Rauch », « Wilder Bühne » et autre cabarets berlinois, il réussit en 1928 avec la revue « Es liegt in der Luft » (C’est dans l’air) une percée significative. D’autres productions pour la scène suivirent, en dernier (1932) jusqu’ici l’unique opéra pour cabaret « Rufen Sie Herrn Plim ! ». Il émigra en Angleterre où il travailla pour le cinéma et la radio :
« Son discours bruyant s’écoulant sans cesse, chantant, ricanant, goguenard n’était pas une musique de fond, mais une vraie sonorisation, dont la musique aiguisait beaucoup les plaisanteries du texte et  déplaçait son texte en parodie, emballait sa chanson dans une enveloppe magique et projetait les acteurs dans une joyeuse cruauté. » (Kurt Pinthus)

Klaus Steack (1938) est le dessinateur politique et l’artiste dessinant des affiches satiriques, le plus important de la République Fédérale, qui réussit sans cesse depuis la fin des années soixante avec ses plaisanteries dialectiques et son esprit ironique à mettre en scène l’art comme instrument de la politique et à provoquer les puissants. Inspiré par les montages d’illustrations et de textes et les collages de John Heartfield, ainsi que du Dadaïsme autour de George Grosz, l’observateur engagé et l’artiste reconnu internationalement joue dans ses affiches, cartes postales, photographies et montages avec virtuosité dans ses œuvres décalées de la réalité et ses citations venant de la publicité et de la langue de tous les jours. « Un Wolfgang Neuss qui agit avec des moyens visuels (Fritz J. Raddatz), le fauteur de troubles moraliste se mêle avec une inflexibilité laconique dans des débats socio-politiques de la deuxième démocratie allemande et délivre avec une perfidie élaborée et une pose à la Biermann des symboles clairs sur chacune des situations de la République » (Spiegel) :
« Là où il agit, là où il intervient politiquement, l’espérance du changement croît, l’utopie devient un peu plus compréhensible, concrète, elle reçoit alors un visage très humain – celui de Klaus Staeck. » (Wolfgang Thierse)

Emil Steinberger (1933) est un acteur comique culte humain dans l´ensemble des chansonniers suisses, auxquels il apporte une popularité inconnue jusqu´alors en tant que Monsieur tout le monde, farceur et charmant, qui montre le grotesque des petits évènements quotidiens.
Après des débuts dans les cabarets « Güggürüggü » et « Cabaradiesl » il présente à partir de 1964 des programmes en solo sous le nom du personnage « Emil », avec lequel à partir des années 70 il brille dans l´ensemble des pays de langue allemande. « Extrêmement comique, comique dans tous les cantons où plaisanterie, satire, ironie et sens plus profond vont main dans la main (Neue Zürcher Zeitung). Ce funambule de l´homme ordinaire enraciné dans son terroir créa toute une série de caractères intemporels, dont les monologues en forme de dialogues devinrent de brillantes performances dans le grand art de l´improvisation faite accessoirement :
« Ce qui frappe dans ces personnages, c´est leur désarroi plein d´assurance. L´assurance avec laquelle ils sont peu sûrs touche le spectateur. Ce qu´il fait est ainsi tellement humain, que chacun se sent concerné d´une manière ou d´une autre. C´est une chose que seulement très peu sont capables d´atteindre, comme Charles Chaplin par exemple ou Karl Valentin. Avec Emil on rit toujours, on ne se moque jamais. » (Franz Hohler)

Kurt Tucholsky (1890 – 1935) est le plus populaire auteur satirique de la République de Weimar. Il est un des auteurs principaux de la « Weltbühne » et ses articles, poèmes et polémiques paraissent dans de nombreux journaux et périodiques. Comme écrivain pour divers cabarets, entre autre « Schall und Rauch », « Cabaret Gröβenwahn », « Wilde Bühne », « Rampe », « Rakete », « Gondel », « Larifari » et les revues Nelson, il donne son empreinte d’une manière décisive au cabaret politico-littéraire des années vingt, ainsi que par ses critiques engagées. Il compose des chansons mi-érotiques, mi-politiques écrites par Rosa Valetti, Gussy Holl, Trude Hesterberg ou Käte Kühl. Responsable de la poésie de divertissement sous un de ses quatre pseudonymes Theobald Tiger : » … l’aisance fluide de son ton, les bons mots faits avec facilité, ses farces derrière une mine innocente, cela Theobald Tiger peut le faire très bien. » (Berliner Tageblatt 1919)
Depuis les années trente « réduit au silence », Kurt Tucholsky se suicida en 1935 dans son exil suédois.

Karl Valentin (1882 – 1948) enthousiaste tant les intellectuels que les gens simples comme comédien à la croisé du cabaret, du théâtre populaire et des clowneries depuis ses débuts en 1906 au bistrot munichois « Simpl ». Un clown anarchisto-philosophe qui détourne les idées, un « comique de gauche » (Kurt Tucholsky), charpentier de métier, il réussit de 1911 à 1935 en tournée et en duo avec Liesl Karlstadt à obtenir un succès dans toute l’Allemagne des années vingt comme comédien invité au « Kabarett der Komiker » de Berlin. Après 1933 regardé avec méfiance par les autorités, il échoua dans son spectacle des curiosités « Panoptikum » (1934 – 1935) et aussi dans son propre cabaret « Ritterspelunke » (1939 – 1940) et se retira par la suite pour sept ans de la scène théâtrale : « Je ne dis rien, cela on doit encore pouvoir le dire. »
« Sa voix asthmatique d’un « non-chanteur » est la voix la plus provocante qui impressionne profondément et passe sans transition d’un texte plein de bêtises comme « Morgenrot, Morgenrot » à l’abîme de la plus profonde douleur humaine. » (Hermann Hesse)

Rosa Valetti (1878 – 1937) est la figure féminine la plus frappante et la plus impressionnante du cabaret des années vingt, peut-être même de toute l’histoire du cabaret. Directrice de « Rakete und Rampe », initiatrice du « Larifari », collaboratrice de « Schall und Rauch », « Kabarett der Komiker » ainsi que fondatrice du « Cabaret Gröβenwahn » lié au milieu berlinois et de tendance de gauche, cette comédienne aux multiples facettes et chansonnière la plus expressive de son temps s’engage devant et derrière la scène pour un cabaret politique au caractère littéraire. « Laide comme la nuit noir et débordante d’une personnalité lumineuse » (Trude Hesterberg) elle est admirable tant dans la première de « L’opéra de quat’sous » que dans le film « L’ange bleu », elle améliore les chansons de Tucholsky, Mehring, Hollaender et en fait des évènements de cabaret incomparables. » (Ludwig Marcuse) :
« Le domaine particulier de Rosa Valetti est celui où le grand cri de l’imagination, de la haine ou de l’entêtement d’une créature méprisée ou maltraitée est urgent. Instinctivement suivant leur propre nature et leur tempérament toutes les créatures ont quelque chose de révolutionnaire. » (Max Herrmann-Neisse 1925)

Helen Vita
(1928 – 2001) est la dernière chansonnière classique du cabaret de langue allemande, un rossignol de l’art du cabaret déguisé en comédienne.  Tout d’abord dans la troupe du « Cabaret Federal » de Zurich et dans le « Kleinen Freiheit » de Munich, à partir de la deuxième moitié des années soixante dans son propre programme en solo, avec un talent musical prononcé, une verve de comédienne douée ainsi qu’une ironie insolente, elle présente toute l’élite de la chanson allemande de Brecht à Tucholsky. Elle est toutefois connue dans les années cinquante comme la réplique allemande à Marilyn Monroe, l’actrice de cinéma aux chansons dites effrontées : chansons populaires érotiques venant du répertoire français qui selon les tribunaux allemands en raison du trouble des bonnes mœurs, craignaient la décadence de l’Occident :
« Helen Vita maîtrise l’art qui avec presque rien atteint un grand effet. Elle peut montrer mille visages, rendre sa voix masculine, avoir une petite voix lubrique et quand cela devient trop explicite, elle le déjoue avec un trémolo solennel. » Süddeutsche Zeitung 1990)


Claire Waldoff (1884 – 1957) a été pendant une trentaine d’années la chansonnière et l’actrice populaire préférée  du public pour toutes les scènes berlinoises. A côté de ses activités théâtrales cette actrice au « talent original » (Alfred Kerr) a été accueillie par de nombreux cabarets et scènes de variétés, avant qu’elle ne se retire en 1939 dans sa vie privée, après que ses concerts furent perturbés par des bandes national-socialistes. Avant 1918 elle brilla comme incarnation de la Berlinoise avec des chansons comme « Hermann heest er » (il s’appelle Herrmann) et fut la star du « Roland von Berlin » comme du « Lindencabaret ». Dans les années vingt elle fut également appelée « Berolina » ou encore « le Heinrich Zille  chantant » avec des chansons de Kurt Tucholsky ou de Friedrich Hollaender au « Kabarett der Komiker » ou dans les revues de Erik Charell, elle a donné ses dernières représentations après 1933 à la « Scala » et au « Wintergarten ». L’enthousiasme pour la« vraie Berlinoise » venant du bassin minier de la Ruhr, dont le chant peut passer de vociférations insolentes à la douce tendresse rassemble ouvriers, bourgeois et intellectuels :
« Berlin Ouest et Berlin Est, jamais côte à côte, se confondant toujours : c’est Claire Waldoff. » (Harry Kahn 1910)

Frank Wedekind (1864 – 1918) est comme artiste satirique de l’ère impériale le chanteur des rues démoniaque du cabaret avant 1914, un saltimbanque qui attaque sans relâche la morale sexuelle bourgeoise de son temps comme expression de la misère sociale et politique et qui est aussi un « comique non-comique » (Robert Walser). Depuis 1896 collaborateur du périodique réputé de l’ère wilhelmienne, le Simplicissimus, il fut condamné en 1898 aux arrêts de forteresse pour crime de lèse-majesté, mais fut actif à partir de 1901 dans divers cabarets munichois. En particulier grâce à ses apparitions en scène comme chanteur-compositeur « avant la lettre » avec des chansons mises en musique par lui-même et chantées avec un luth au cabaret « Elf Scharfrichter », qui jouait également des extraits de ses drames boycottés par les théâtres officiels, le « Schwabinger Ensemble » doit au plus haut point son renom comme cabaret artistique et critique :
« Lorsqu’il apparut en scène, un clown sérieux, cinglant et railleur, mais aussi de nouveau un satyre triste et beau, aux éclats de rire très forts et restant immobile, ainsi s’exprimait la puissance envoûtante d’un vrai démon. » (Hans Brandenburg)


Peter Wehle (1914 – 1986) est l’humoriste-pianiste aux plaisanteries de langage, le fou espiègle, grotesque et sympathique du cabaret autrichien de l’après-guerre. Docteur en droit et en langue allemande, le « pianiste-chansonnier-compositeur-poète » (Hans Weigel) appartient aux figures centrales des nouveaux cabarettistes satiriques viennois à partir de 1945. Après des débuts comme pianiste et présentateur au « Casanova », le « deuxième rieur » (Wehle sur Wehle) fit des tournées d’abord avec les « Kleinen Vier » et brilla dans la troupe du légendaire « Cabaret sans nom », avant de présenter avec Gerhard Bronner dans divers programmes en duo en reprenant ses blagues à caractère musico-littéraire avec ses ambigüités et l’esprit des plaisanteries juives. Un gredin hautement cultivé, ce polyglotte viennois de souche imprègne jusque dans les années quatre-vingts le cabaret autrichien sur les médias et compose d’ailleurs plus de 1000 chansons et tubes comme « Wild ist der Westen, schwer ist der Beruf » :
« Ce fils de bonne maison s’est jeté très tôt dans les bras d’une muse légère, quelque peu malveillante et comme il était fermement décidé à ne plus la quitter, celle-ci l’a béni avec abondance – avec des plaisanteries en mots et musique et avec le talent de prendre peu de choses au sérieux et soi-même pour le moins. » (Ulrich Weinzierl)

Hanne Wieder (1928-1989) est la fascinante séductrice du cabaret allemand d’après-guerre, « l’impertinente reine du cabaret » (Theo Lingen) et l’orgueilleuse chansonnière à l’attitude classique. Durant cinq ans, elle joue aux côtés de Lore Lorentz au sein du cabaret Kom(m)ödchen de Düsseldorf ; elle change ensuite pour les Amnestierten de Kiel, en 1953, avant de s’établir au théâtre munichois Kleine Freiheit. C’est ici que la ténébreuse et érotique diva s’impose avec sa voix exceptionnellement grave en tant qu’interprète virtuose dans les revues d’après-guerre de Hollaender. Cette femme « tout à fait incroyable » contribua considérablement au succès de ces revues par « son sourire charmeur et manipulateur qui pouvait tourner en ridicule tout l’érotisme de la littérature mondiale ». Ensuite figurent de nombreux engagements théâtraux et filmographiques, ainsi que régulièrement des programmes en solo composés de chansons dont le répertoire s’étend de Bert Brecht à Cole Porter.
« Une chansonnière à qui peu de choses sont impossibles. Elle chante et roucoule, grogne de volupté, se prélasse avec tendresse et désinvolture dans la mélancolie pour ensuite tomber facilement avec insolence dans l’ironie. Une personnalité de la chanson qui est l’égale absolue des majestés du cabaret d’autrefois. » (Sigrid Hardt)


Hugo Wiener (1904-1993) est le compositeur autrichien et auteur de chansons classiques le plus populaire et le plus productif de son temps. Avant 1938, il exerce ses talents de compositeur et de pianiste dans les cabarets viennois tels que le Hölle, le Brettl am Alsergrund, l´ ABC et le Femina, pour lesquels à partir de 1928 il écrit près de 65 revues. Il émigre en Amérique du Sud, il voyage entre les différents clubs et bars de Bogota et de Caracas où il s’occupe de divertir, aux côtés de sa femme Cissy Kraner, d’autres expatriés grâce à son « charme viennois » et à son célèbre air « Der Nowak lässt mich nicht verkommen » (Nowak ne me laisse pas tomber). De retour à Vienne en 1949, Wiener rédige, seize ans durant et avec l’aide de Karl Farkas, l’intégralité des revues du Simpl et s’imprègne ce faisant du style des cabarets traditionnels viennois des années 50 et 60, caractérisés par une forme de divertissement plutôt apolitique mais qui ne manque jamais d’esprit. S’ensuivent des tournées musicales avec Cissy Kraner en tête d’affiche et près de vingt ouvrages de nouvelles satiriques.
« Une hilarité enjolivée d´une ambiance légèrement mélancolique : sur scène, la Vienne authentique avec ses plaisanteries populaires racontées en rimes et s’impose comme une délicieuse satire, dépourvue de sensiblerie ou de quelconques effets. C’est un cabaret dans le cabaret, un numéro qui a atteint la perfection ». (Rufolf Weys 1970)


Gerhard Woyda (1925) est un des impresarios marquants du cabaret de l’Allemagne Fédérale et également le point central du « Renitenztheater » de Stuttgart qu’il ouvrit en 1961 et qu’il dirigea jusqu’en 2005. Ici réussit celui qui est triplement doué, là où Werner Finck échoua avec sa « Mausefalle » (piège à souris) : établir un cabaret politique à Stuttgart dans lequel comme pianiste, compositeur et auteur sensible du programme de la troupe de sa propre maison il présente la satire et l’essentiel plus profond « avec l’esprit génial qu’était celui du cabaret d’autrefois » (Ruprecht Skasa-Weiβ). Promoteur et découvreur de jeunes talents, ce « Monsieur élégant engage avec le tempérament passionné d’un Bélier de Mazurie » (Stuttgarter Zeitung) également des stars internationales et façonne avec une conscience prussienne et un laisser-faire français son théâtre pour en faire une des scènes invitant des chansonniers et une institution culturelle parmi les plus marquantes de la République Fédérale :
« Sa noblesse et sa grande sensibilité, son amour pour l’art et pour les artistes, sa modestie et son professionnalisme ont fait de son cabaret « Renitenz » une grand famille, une maison de rencontres humaines et artistiques. » (Sebastian Weingarten)



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